La malouinière de 1731, son palmier et la chapelle

Le domaine, à Saint-Méloir-des-Ondes La Bardoulais, une maison de famille du pays malouin depuis 1731

Au cœur du pays malouin, la Bardoulais réunit un manoir de 1513, une chapelle de 1627 et une malouinière de 1731.

Le manoir des Bardoul

1513

Le manoir des Bardoul (1513) jouxte la malouinière

Le premier manoir a été restauré et côtoie la malouinière ; il appartint aux Bardoul en 1513, aux Boulain en 1634 puis aux Porée qui y résidèrent à partir de 1648 et jusqu'au XVIIIe siècle. Au gré des successions, la propriété appartient ensuite aux familles Le Fer du Flachet jusqu'en 1783, Le Saige de la Mettrie jusqu'en 1832, Collins de Boishamon jusqu'en 1849, et aux Rozée d'Infreville jusqu'en 1910. Les Lefebvre l'acquièrent ensuite avec leur gendre Joseph Pouliquen qui en héritera totalement en 1918. Le baron Michel Le Gouëllec de Schwarz rachète ensuite la propriété à son neveu Pouliquen en 1942 et la transmet à son fils Saïk en 1978. En 2019, son fils aîné, Erwan, a repris la Bardoulais avec Cécile, son épouse, en ouvrant la propriété au public via des gîtes, des chambres d'hôtes et des espaces dédiés aux réceptions et séminaires. La famille Le Gouëllec est issue en ligne directe de Charles Locquet de Granville, marquis de Fougeray, armateur et capitaine corsaire à Saint-Malo (1646-1713).

La chapelle Saint-Jacques

1627

La chapelle Saint-Jacques (1627)

Alignée sur la maison principale au sud, la chapelle Saint-Jacques fut fondée par les Bardoul en 1627. Enclose, elle possède une belle façade gothique avec un portail orné d'arcs en ogive, une abside à 3 pans avec une fenêtre de chaque côté et une petite porte face à la malouinière. La procession des Rogations s'y rendait avant la seconde guerre mondiale, et des messes y sont encore régulièrement célébrées. La chapelle était en piteux état début 1900 ; une photo prise en 1907 à l'occasion d'un mariage montre que le lierre avait même investi l'intérieur.

La malouinière et ses agapanthes

1731

La malouinière de la Bardoulais (1731)

Située à Saint-Méloir-des-Ondes, la malouinière de la Bardoulais apparaissait à l'extrémité d'une rabine de charmes et de chênes aujourd'hui disparue. Elle a été construite par les descendants de Michel Porée en 1731 comme l'indique la date de l'encadrement en plein cintre de la porte principale. Le corps de logis est orienté ouest-est avec une avancée à chaque extrémité de la façade. À cette époque, l'ensemble formait une belle propriété d'environ 200 hectares. Aujourd'hui, l'entrée se fait par une allée plantée de chênes et le long enclos visible de la route subsiste. Derrière, les premiers bâtiments servent de dépendances, et le colombier traditionnellement prévu pour communiquer avec le port de Saint-Malo est en parfait état. Le parc et les jardins sont couverts de fleurs, et la façade côté cour du logis n'a d'égale que la façade côté jardin.

Le parc fleuri devant la chapelle

1978

Le parc

Comme le décrit un rapport d'expertise datant de 1978, l'environnement paysager était des plus austères. Quand Saïk Le Gouëllec de Schwarz reprend la propriété de ses parents en 1978, son épouse, Marie, remaniera progressivement tous les extérieurs. Grande contemplative, passionnée par les fleurs et la peinture, elle redessinera les jardins en mettant à profit ses cours aux jardins de Versailles, ses fréquents voyages en Angleterre et son expérience accumulée au sein des jardins à la française du château de Craon. L'environnement luxuriant qui ravit les visiteurs actuels lui est principalement dû.

La dynastie des Porée

Une route mène de Saint-Malo aux Portes Rouges. De là, le voyageur peut obliquer vers Cancale ou poursuivre sa route vers le Mont-Saint-Michel et la Normandie. Un peu avant d'y parvenir, à la Croix de l'Ormel, une autre croisée de chemin permet d'atteindre le village de Saint-Méloir-des-Ondes. Près de là, un long enclos garde le domaine de la Bardoulais. À l'origine, il s'étendait sur deux cents hectares, la surface des anciennes villae gallo-romaines. Il porte le nom des Bardoul, propriétaires du premier manoir alors qu'Anne, duchesse de Bretagne et reine de France, s'attache à régler un différend opposant le chapitre et les bourgeois de Saint-Malo.

Un siècle plus tard, la Bardoulais passe dans la famille des Boullain et des Porée. Une véritable dynastie prend désormais en charge sa destinée. En 1586, Jacquette Boullain a pris pour époux Michel Porée. Leurs pères siègent en ville, l'un à côté de l'autre, au sein du Conseil des Conservateurs.

Pendant la république malouine (1590-1594), Saint-Malo refuse de voir un roi protestant sur le trône et décide de s'autogouverner. Pendant quatre ans, Saint-Malo osera parler d'égal à égal avec de grandes puissances. La psychologie des Malouins s'en trouvera transformée.

Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697), des frégates sont transformées en corsaires sous les murs de la cité. En 1690, Alain Porée, sieur de la Touche, vingt-quatre ans, monte à bord du François-de-la-Paix muni d'une lettre de marque. Son grand-père était le neveu de Michel Porée, le premier à avoir reçu la Bardoulais.

Capitaine du Saint-Esprit, il prend le Dartmoor en 1695, puis la Princesse du Danemark l'année suivante. En 1702, il combat au côté de Duguay-Trouin. Il reprend la mer vers l'Atlantique austral et le cap Horn, qu'il est le premier Français à doubler d'est en ouest en 1708. Il s'éteint le 15 mai 1730.

Les descendants de Michel Porée et de Jacquette Boullain veulent une nouvelle maison de maître. Le Clos-Poulet s'enrichit d'une nouvelle malouinière.

D'après « Au pays de Saint-Malo, l'épopée des Malouinières », Gilles Foucqueron, Éditions Cristel (2007)

Photos d'archives

La malouinière dans les années 1920
La Bardoulais dans les années 1920
La malouinière et la chapelle dans les années 1920
La malouinière et la chapelle, années 1920

« Gentilhommières du pays de Saint-Malo », Daniel Derveaux, Éditions d'Art Daniel Derveaux (1965) ; « St-Méloir des Ondes », Joseph Pichot-Louvet, Les Éditions du Phare (2003) ; « Malouinières, manoirs et demeures du Clos-Poulet », Pierre-Jean Yvon, Éditions Le Télégramme (2005).